Press
TV, la réponse iranienne à Fox News
- Par Oliver Burkeman, Helen Pidd et Robert Tait
The Guardian
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mercredi, le 11 juillet 2007
En
lançant sa chaîne en anglais, Téhéran
entend occuper le terrain de l’information en
continu et contrer l’influence des Occidentaux
dans ce domaine.
Elle
devait marquer un changement radical dans la couverture
de l’actualité mondiale et l’on ne
peut pas dire que, dans ce domaine tout au moins, le
succès soit au rendez-vous. La nouvelle chaîne
d’information en continu et en anglais, qui a
été lancée par la télévision
d’Etat iranienne le 2 juillet, est censée
s’adresser, selon son directeur, à une
audience américaine et européenne. Mais,
malgré l’accent anglais de son présentateur
vedette, Henry Morton – et de son “Salaam
and Welcome” –, Press TV a encore une ou
deux choses à apprendre pour capter l’attention
des Occidentaux.
Le
jour du lancement, le temps d’antenne a été
en grande partie occupé par de longs extraits
d’une interview soporifique du président
vénézuélien Hugo Chávez
et un documentaire languissant sur la culture russe.
Plus que le ton de propagande manifeste de Press TV,
c’est la lenteur de ses programmes qui semble
devoir nuire au succès de la nouvelle venue.
Comme la chaîne américaine Fox News le
sait bien, tant que les reportages ne dépassent
pas soixante secondes et que la musique qui les accompagne
est suffisamment forte, les chaînes de télévision
n’ont pas à se préoccuper de la
vérité des informations.
Press
TV n’émet pas sur le territoire iranien.
Le jour de son lancement, le président Mahmoud
Ahmadinejad, invité dans les bureaux de l’IRIB,
la radio-télévision de la république
islamique d’Iran, a déclaré que
son but était de contrer la “propagande”
colportée par les chaînes occidentales.
“Bien que tous les êtres humains aient le
droit de connaître la vérité, les
médias constituent aujourd’hui le principal
moyen, pour les autorités, de contrôler
[l’information]”, a-t-il déclaré,
ajoutant que “nous n’en connaissons pratiquement
aucun qui remplisse correctement sa tâche. Les
nôtres doivent être les porte-drapeaux de
la paix et de la stabilité.”
Mohammad
Sarafraz, directeur de la nouvelle chaîne, a annoncé
que les trente journalistes de Press TV comprenaient
une majorité d’étrangers, et notamment
des Américains et des Britanniques. La chaîne
aura des correspondants à Londres, New York,
Washington, Beyrouth, Damas, Moscou et plusieurs autres
capitales européennes. Elle disposera aussi de
trois bureaux à Gaza, Ramallah et Jérusalem
pour couvrir le conflit israélo-palestinien.
La figure la plus marquante du bureau de Londres est
Yvonne Ridley, ancienne journaliste du Sunday Express
qui s’est convertie à l’islam après
avoir été capturée par les talibans
en 2001. “Pour moi, cette chaîne est un
antidote à Fox News. Elle offrira une perspective
différente de celle des médias conventionnels.
Ce n’est pas une télévision à
scandale, ni de la propagande en faveur de thèses
extrémistes”, explique-t-elle. Malgré
les tristes antécédents de l’Iran
dans le domaine la liberté de la presse, Yvonne
Ridley a insisté sur le fait que la chaîne
n’est soumise à aucune censure. “Il
n’y a eu jusqu’ici aucune ingérence
dans notre ligne éditoriale et je ne serais pas
dans ce bureau si quelqu’un avait essayé
de me censurer”, assure-t-elle. Les idées
religieuses de la journaliste n’ont eu aucune
influence sur sa décision de travailler pour
Press TV. “The Agenda, l’émission
politique que j’anime, n’a rien à
voir avec la religion”, confirme-t-elle. Cela
ne l’a pas pourtant empêché d’exprimer
quelques idées controversées. Elle a notamment
invité les musulmans vivant au Royaume-Uni à
“boycotter la police et à refuser de coopérer
avec elle sous quelque forme que ce soit” après
plusieurs opérations de police menées
dans des quartiers à forte population musulmane.