La
société bouge, les religieux pas encore
- Par Masri Feki*
Résilience
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dimanche, le 22 juillet 2007
A l’initiative de jeunes chômeurs saoudiens,
une association des chômeurs et chômeuses
saoudiens vient de voir le jour ce samedi 21 juillet
2007 sous une bannière optimiste : Droits
sans limite aux chômeurs saoudiens.
La
présidente-fondatrice de l’association
qui a vu le jour en Arabie saoudite s’appelle
Nawal Moussa al-Youssef [1].
Elle est directrice de publication et rédactrice
en chef du site d’information réformiste
saoudien Saudiyatnet.net [2],
et représentante de l’Académie arabe
au Danemark, a rapporté le site d’information
arabe saoudien libéral Menber al-Hewar [3].
La
jeune association œuvre à la reconnaissance
des droits des chômeurs, très nombreux
dans le richissime royaume pétrolier (les chômeurs,
et non les droits) et appelle à ce que ceux qui
ne trouvent pas de travail depuis plus de dix ans puissent
revendiquer une aide financière de l’Etat
saoudien, financée par la rente pétrolière.
En
effet, si l’Arabie saoudite est connue est travers
le monde pour ses milliers de princes fortunés
et le nombre de milliardaires qui existent parmi ses
ressortissants, elle est incapable de subvenir aux besoins
de ses populations défavorisées : aucun
système de sécurité sociale, d’aide
au chômage ni au logement. « Si le gouvernement
de Sa Majesté, le roi Abdallah ben Abdelaziz
al-Saoud, voulait bien nous recevoir, nous serions très
ravis de lui détailler nos revendications »,
appellent les signataires d’une pétition
qui fait le tour de la monarchie absolue. Le droit d’association
n’étant pas reconnu de façon absolue
en Arabie saoudite, les initiateurs de ce projet de
réforme sont d’un courage exceptionnel,
notamment les femmes, qui sont nombreuses dans cette
association. S’il est vrai que le royaume saoudien
est signataire de la Déclaration universelle
des Droits de l’homme des Nations unies de 1948,
il y a ajouté une clause, qui figure depuis à
la fin du texte : « La présente déclaration
est admise sous réserve de compatibilité
avec la charia ». Cela signifie que l’apostasie
est punie de la peine capitale par décapitation
sur la place publique, que la liberté de conscience
n’existe donc pas, ainsi que de nombreux droits
humains élémentaires allant à l’encontre
de la charia, le « droit » islamique.
Il convient ici de rappeler que l’Arabie saoudite
n’est pas le seul pays musulman à ratifier
des déclarations et conventions humanitaires
internationales, avant de les vider de leur sens par
une réserve de compatibilité avec «
la charia », « le droit musulman
», « la tradition des ancêtres »,
« les bonnes mœurs », entre autres
appellations suffisamment vagues pour rendre caduc tout
texte appelant à la promotion des Droits de l’homme
et des libertés publiques.
Seule
une modeste partie du budget de l’Appareil
d’affirmation de la vertu et de négation
du vice (Hay’at al-Amr bel Maarouf wal Nahy
‘an al-Munkar) suffit pour mettre en place un
puissant système d’assurance malade, par
exemple. L’Appareil d’affirmation de
la vertu et de négation du vice est une
institution géante qui possède tout un
arsenal de logistiques et un dispositif sécuritaire
autonome (qui ne dépend ni de l’armée,
ni de la police) dans le seul objectif est de veiller
sur la bonne application des préceptes de la
charia dans le royaume : lapider les femmes
adultères et fouetter les consommateurs d’alcool.
Ce puissant contre-pouvoir, qui échappe souvent
au pouvoir central, est largement dépendant de
l’extrémiste clergé wahhabite [4].
L’association
qui vient de voir le jour a besoin de notre soutien,
comme toutes les initiatives libérales qui fleurissent
dans les Etats autoritaires du Moyen-Orient depuis la
chute du régime de Saddam Hussein en Irak et
le déclenchement d’un processus d’ouverture
sur le monde que cette intervention a déclenché,
a besoin de notre soutien. Un des bienfaits de la mondialisation,
est de contribuer au rapprochement planétaire
du genre humain. Nous sommes tous concernés,
« Orientaux » et Occidentaux, par les maux
du Moyen-Orient dont les répercussions néfastes
n’ont jamais épargné le monde libre.