Les
cadeaux empoisonnés d'Ahmadinejad -
Par Amir Taheri
Gulf News
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jeudi, le 19 juillet 2007
La
visite du président iranien à Damas, au
moment où la Syrie est plus que jamais isolée
sur la scène internationale, vise à renforcer
la mainmise de Téhéran sur le régime
baasiste, explique Gulf News.
Débarquant
le jeudi 19 juillet à Damas pour une visite qu'il
a qualifiée d'"historique", le président
iranien Mahmoud Ahmadinejad aura les bras chargés
de cadeaux. Et c'est là où son homologue
syrien, Bashar El-Assad, devra se méfier. Cette
visite a lieu quarante-huit heures après la prestation
de serment qui marque le débat de son deuxième
mandat à la tête de la Syrie. Au départ,
plus de douze présidents étrangers devaient
venir le féliciter. Mais tous ont trouvé
une excuse pour décliner l'invitation.
La
venue en solo d'Ahmadinejad montre un degré d'isolement
qu'aucun gouvernement syrien n'avait connu depuis les
pires moments des années 1960. Ces trois dernières
années, le pouvoir en place à Damas a
rompu les relations étroites que la Syrie avait
toujours entretenues avec des pays arabes modérés
tels que l'Arabie Saoudite, l'Egypte, le Koweït
et la Jordanie. Il a également consumé
toute la bienveillance qu'il s'était attirée
de la part de la Turquie il y a quelques années,
en permettant aux forces de sécurité turques
de capturer le chef rebelle kurde Abdullah Öcalan.
La Syrie s'est ensuite querellée à la
fois avec les Etats-Unis et la France, réussissant
le rare exploit de mettre Paris et Washington d'accord
à propos du Moyen-Orient.
Hafez
El-Assad, père de l'actuel président syrien,
avait retenu au moins deux des leçons de Machiavel
sur la politique. La première était de
ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.
Et la deuxième de ne pas se mêler des disputes
entre des puissances trop grandes et de se préoccuper
du sort de la Syrie. Bashar, en revanche, se retrouve
avec un panier dont le fond a lâché, et
tous les oeufs qui s'y trouvaient se sont cassés.
Il a également impliqué la Syrie dans
le conflit que se livrent l'Iran et les Etats-Unis afin
de déterminer qui doit décider de l'avenir
du Moyen-Orient. Les médias syriens voient dans
la relation entre leur pays et l'Iran une alliance.
Mais les médias de la République islamique,
eux, la voient comme une relation de dépendance,
la Syrie étant liée à l'Iran.
La
Syrie n'a aucun intérêt à se retrouver
impliquée dans un combat qui n'est pas le sien.
Si les Américains gagnent, elle se retrouvera
du côté des perdants et devra payer le
prix fort. Si les Khomeynistes gagnent, le prix qu'elle
devra payer sera encore plus élevé parce
qu'elle devra adhérer à une idéologie
islamiste que le parti Baas, le parti au pouvoir, a
toujours considérée comme un ennemi mortel.
Examinons
à présent les "cadeaux" qu'Ahmadinejad
va apporter à Damas demain. L'un d'eux est un
projet de traité de coopération commerciale
et économique qui donnera aux deux pays la priorité
dans les domaines du commerce et des investissements.
Il n'est pas difficile de voir à qui profiterait
le plus un tel accord. La Syrie n'a pas d'argent à
investir en Iran et peu de produits à offrir
au marché iranien.
Bashar
ne le sait peut-être pas, mais 57 des économistes
iraniens les plus éminents ont déjà
écrit à Ahmadinejad pour le mettre en
garde contre les effets désastreux de son idéologie
économique. Fondée sur l'idée de
l'autarcie, elle s'inspire du modèle nord-coréen
d'économie paysanne associée à
une capacité nucléaire.
Le
projet de traité d'Ahmadinejad est également
censé compléter le pacte de défense
que les deux pays ont signé en juin 2006. Dans
le cadre de cet accord, l'Iran offre à la Syrie
d'entraîner les soldats syriens en Iran et dans
un certain nombre d'"académies" sur
le sol syrien. Le but d'un tel programme serait la création
d'un réseau d'officiers proiraniens dans tout
l'appareil militaire syrien, qui est l'épine
dorsale du régime baasiste. Cela rendrait également
les forces armées syriennes dépendantes
de la culture militaire et des visées stratégiques
de l'Iran.
Ahmadinejad
offre également "un vaste programme d'échanges
culturels". Ce programme comprend des bourses d'études
qui permettront à des milliers de Syriens d'aller
dans les universités et les écoles religieuses
iraniennes. Mais il prévoit aussi de laisser
les coudées franches aux missionnaires iraniens
et libanais qui voudraient convertir les Syriens à
la version khomeyniste du chiisme.
Abandonné
par les Arabes et évité par l'Europe et
les Etats-Unis, Bashar risque de sentir qu'il n'a pas
d'autre choix que de raccrocher ses wagons à
la locomotive sans freins d'Ahmadinejad. Beaucoup de
Syriens, y compris dans l'entourage de Bashar, ne sont
pas d'accord et pensent que la Syrie peut encore réfléchir
avant de faire le grand saut. Une stratégie,
fondée sur l'espoirque la République islamique
chassera les Etats-Unis du Moyen-Orient, rayera Israël
de la carte et, sur la lancée, rendra le Golan
à la Syrie, ne peut que conduire le régime
syrien à un isolement encore plus grand.